ModeFashion libido

27 mai 2007

Atteindre des sommets. (Ou toucher le fond ?)

Les histoires de shopping-addicts pathologiques me fascinent. Je les lis ou les regarde avec avidité. En me disant par devers moi que, si de mon côté j’en tiens une sacrée couche, je suis quand même loin d’entrer dans la rubrique faits divers. Je considère le shopping comme une passion très (trop) coûteuse mais devant laquelle je sais garder la tête froide.

Et bien mes amies, cette époque est révolue depuis mercredi soir. Date à laquelle j’ai allègrement dépassé ce que je pensais être mes limites. Tout ça à cause de ces chaussures. Là. Ci-dessus. Ces chaussures-là, là.

Vues chez Manoush un mardi de RTT, alors que je traînais dans le Marais en attendant le concert de Justin à Bercy.

Vues et instantanément aimées. Fuschia/gris/noir, beige/jaune/vert et rouge/noir/gris. Je ne sais que préférer. J’ai l’impression d’avoir trois oiseaux de paradis greffés à mes pieds. D’être une Betty Boop du XXIe siècle d’autant que, comme le souligne astucieusement la vendeuse, « elles font une super belle jambe ».

Je suis bien obligée de le reconnaître. J’ai un sourire bête aux lèvres, comme pendant un premier rendez-vous amoureux. Je me mire et me mire sans fin dans la glace. Dédaigne une paire de spartiates argentées à talons bois que j’avais initialement repérées en vitrine. Je ne vois plus que mes oiseaux de paradis. 175 euros pièce. Je n’ai absolument pas envie d’en privilégier une paire au profit d’une autre, là, maintenant. Et puis les soldes sont dans un mois. Je ferme tous les cartons avec détermination. « Dès le premier jour des soldes, je serai là. » La vendeuse m’observe, ne répond pas. Puis m’entend réitérer la même idée avec d’autres mots, quelques secondes plus tard. Elle finit par venir me voir et me glisser tout bas « ce sont les ventes privées demain, elles seront à -30%, on n’a que deux paires de chaque en 39 et pas de réassort. »

Mon sang ne fait qu’un tour, je souris encore plus bêtement. « Alors à demain ! »

Arrive le lendemain. La boutique ferme à 19h30. Après avoir vadrouillé chez moi toute l’après-midi, je monte dans la voiture à 18h30, sûre de mon fait. Je vais me pointer dans la boutique, choisir une paire, et me l’offrir à -30%. C’était sans compter avec les embouteillages. J’essaie tous les chemins de traverse possibles, reste bloquée le long du tramway, hurle à la mort dans ma voiture, rien n’y fait. L’heure tourne. 19h10, 19h15, 19h20… Je suis encore bien bien loin du 75 rue Vieille du Temple.

19h25. A bout de nerfs, j’ai garé ma voiture dans un parking Place d’Italie pour finir le trajet en métro (un changement). Avant de monter dans la rame, j’appelle la boutique. Leur explique que je voulais venir à la vente privée mais que les embouteillages m’ont retardée. Est-ce qu’elles pourraient me mettre des chaussures de côté si j’arrive entre 19h30 et 19h35 ? (A ce stade de l’histoire, je vous rappelle qu’il est 19h25 et que j’ai cinq stations de métro à faire, avec un changement, et que la boutique Manoush se trouve à cinq grosses minutes de la sortie du métro… Mais peu importe, je vis dans un autre espace temps, j’ai perdu tout repère…)

La vendeuse dit oui.

19h29. Je monte dans le métro LE PLUS LENT DU MONDE. Le changement entre Bastille et St Paul me prendra trop de temps, je descends à Bastille et me mets à marcher le plus vite que je peux. Je suis en robe courte et babies à talons. Il est 19h43.

19h43. Je rappelle la boutique. Elles m’attendent toujours. Je leur dis que je cours, je cours, je cours depuis la sortie du métro. Elles rient et me répondent « Oui, courez ! ».

19h45. Je cours, je cours, je cours. J’ai de l’asthme, mes cheveux me collent au visage, mes joues me chauffent. J’enlève mon trench pour avoir moins chaud. Je me sens à poil. Mes babies m’empêchent de courir d’une manière harmonieuse et tonique. Je me sens moche. Des voix masculines dans une Mini arrêtée à un feu rouge se foutent de moi. « Allez, cours, cours !!! » Je ne les regarde pas. Je tourne le coin de la rue des Francs-Bourgeois. Je cours comme une dératée avec des airs de ratée, surtout. Une autre Mini ralentit « Excusez-moi…. » Pourquoi est-ce que les mecs choisissent la meuf qui a l’air la plus pressée et pissed off du monde pour lui parler ?

19h49. Quasi dérapage incontrôlé devant la boutique Manoush. Les vendeuses devraient avoir fermé la caisse depuis 19 minutes. J’ai 14 minutes de retard sur l’heure que j’avais négociée. Elles m’ouvrent la porte avec un grand sourire, visiblement touchées par mes joues vermillon et mon souffle d’asthmatique. Bon point pour moi. Elles voient que je ne suis pas arrivée en sifflotant. L’une d’elles a déjà son manteau et son sac sur l’épaule. Je me confonds en excuses, des mots confus sortent de ma bouche : « tellement honte », « z’êtes adorables », « embouteillages », « couru », « les voulais tellement »…

19h51. Mes trois oiseaux de paradis sont alignés devant une banquette. Je me sens mortellement coupable. Je n’ai jamais fait un coup pareil à des vendeuses. Je m’entends dire : »Je vais vous en prendre deux paires, c’est la moindre des choses ». Le fait est que ça m’arrange. Je veux toujours les trois, mais c’est déjà moins dur de n’avoir à en « sacrifier » qu’une paire.

19h52. J’opte au débotté pour les jaunes et les fuschia.

19h54. Je passe à la caisse. « Elles sont bien à -30% ? » Oui, oui… « Cela vous fera 245 euros, Madame. »

19h55. Ma CB ne passe pas. MA CB NE PASSE PAS ??!!!!

19h56. « Carte refusée ». Intérieurement, je repense à toutes les sommes à 3 zéros que j’ai réglées en carte bleue ces derniers jours. L’avance pour mes nouvelles lunettes. Et puis plein de modasseries que je ne vous ai pas encore montrées. Mon Dieu. J’ai dépassé mon seuil hebdomadaire !

19h56. Je voudrais creuser un trou et m’y enterrer. Là, tout de suite.

19h56. Après trois essais infructueux, la patronne décide de morceler le paiement, pour faire diversion. On réussit à passer 200 euros. Mais les 45 restant ne veulent pas. Je sors tout mon liquide (35 euros) et prie pour que les 10 ultimes euros passent en carte bleue.

19h57. Suspense insoutenable. Je m’imagine déjà dans l’impossibilité de supplier une ristourne de 10 euros. J’en ai déjà assez fait à ces pauvres filles. Qui, Dieu les bénisse, gardent jusqu’au bout leur sourire et leur humeur enjouée. La patronne me chambre : « Vous avez intérêt à revenir très très régulièrement, maintenant ! Vous êtes obligée de devenir une bonne cliente ! »

19h58. LES 10 EUROS SONT PASSES. Je respire un grand coup. Un grand grand coup. Et prend congé, en remerciant pour la soixante-septième fois. Les filles m’assurent que je ne les ai pas mises en retard. La patronne attendait son homologue du Zadig et Voltaire rue de Turenne (« le meilleur du quartier ! » Et oui, il y a 3 Zadigs dans le Marais…)

19h59. Je sors de la boutique, oiseaux de paradis roses et jaunes bien au chaud dans mes petits sacs en papier. Avant de pouvoir les mettre, il faudra que je détente le cuir en les portant sur un bas imbibé d’alcool, parce que la bride tressée sur les orteils est horriblement proche de la semelle. En plus, il va falloir que je souffre.

20h. Non, en fait, je souffre déjà. Mon petit marathon à la sortie du métro se rappelle déjà à mon souvenir via deux magnifiques ampoules.

C’était mercredi soir. On est dimanche. Je ne peux toujours pas mettre de chaussures fermées, tellement mes ampoules me font mal. Toute cette douleur, tout ce dérangement pour deux paires de chaussures. Que j’aurais pu acheter un autre jour, en faisant un (gros) détour sur le chemin du boulot, en me levant plus tôt, en attendant les soldes en croisant les doigts…

Mais non. Il FALLAIT que je les aies ce jour-là. Je ne voulais pas avoir hurlé dans les embouteillages pour rien. J’en étais obsédée. Comme un enfant qui fait un caprice.

Un caprice à 245 euros, qui a dérangé des gens et éclaté mon seuil de carte bleue.

Moi qui me prenais pour une Jedi de la fashion (copyright Tokyobanhbao !) je me découvre succombant au côté obscur. Ca n’a l’air de rien, mais je sens avoir passé un point. La partie safe et cadrée de mon existence fashion est derrière moi.

Miss Nahn Le 2 février 2009, 18:53

Hum, la prés’ powerpoint de ce matin est presque terminée, je m’accorde un tour dans tes archives et tombe sur ce billet que j’avais adoré la première fois que je l’avais lu.
Et bien je l’aime toujours autant, il me fait toujours autant rire, et il me fait dire que nous sommes toutes les mêmes: totalement irrécupérables quand il s’agit de chaussures.

Allez hop, ce soir c’est Mr Papillon qui le lit ce billet, il râle trop que 103 paires de chaussures c’est vraiment trop puisque je n’ai jamais qu’1 paire de pieds :-p

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Balibulle Le 4 février 2009, 12:18

miss nahn : t’as qu’à ne lui laisser qu’un seul caleçon dans l’armoire, ça va le calmer tiens… 😉 Quand je pense aux trois fois où j’ai mis ces chaussures (deux paires confondues), tellement le cuir est tendu………. (un élastique a même claqué !)

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