Oui : mais pour moi ça veut dire beaucoup.

Chanel. Haute Couture. Fall. 2008.

J'ai failli ne même pas regarder le défilé.

Ou plutôt, soyons précise, j'ai failli le regarder par politesse, comme je le fais à chaque fois avec Chanel.

Parce qu'il faut avoir vu, parce que c'est dans l'ordre des choses.

Je n'en attends jamais rien, parce que je n'en reçois jamais rien, saison après saison. Ou si peu.

La haute couture n'est pas une mode "dans la vie". Et pour moi qui suis tout sauf une fille d'occasions, au sens de "grandes occasions", moi qui n'ai pas acheté de robe cocktail depuis l'an 2000*, le message est d'autant plus hermétique.

J'ai besoin de voir des vêtements premier degré, portables, évidents. Cela a toujours été ma limite.

Et je ne frissonne face au très habillé que lorsqu'il touche mon goût du magique ou du mystère. Qu'il fait vivre des héroïnes et pas des silhouettes. Plus besoin dès lors de pouvoir se projeter dans la tenue pour l'aimer, on la déguste comme un conte.

Autant dire que je n'attendais pas de la si classique Chanel qu'elle réconcilie par instants mes passions contraires. Le réalisme et l'onirique.

Génie de ces paupières fumées et de ces carrés à la Louise Brooks, sublimations immédiates. Et dessous, la maille triomphante. Raffinée et acérée. Comme un gratte-ciel des années 20.




C'est comme le futur vu depuis le passé, un futur à la Bienvenue à Gattaca, vous savez ? Elégantissime et un peu effrayant... Et où le soir, surgissent des princesses minérales, saisies entre autrefois et demain...



Là j'appréhende enfin le trésor d'une Coco Rocha, de ce visage presque irréel qui semble avoir été modelé pour le mystère...

J'ai les yeux écarquillés devant mon écran, le cerveau bombardé de milles évocations et interprétations possibles. Et me le formule enfin à moi-même, le plaisir à nul autre pareil, le plaisir de la haute couture.

Photos : www.elle.fr