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Balibulle - Etats d'âmes vestimentaires et stylistiques


Mot clé - imprimé fleuri

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Euro star sans Eurostar

Une overdose de lecture blogosphérique ces dernières semaines pourrait vous inspirer cette contre-vérité : tout le monde est allé à Londres récemment. 

Eh bien non, tout le monde ne va pas à Londres.

A commencer par moi, d'ailleurs.

Me voilà donc toute indiquée pour m'adresser à la horde silencieuse.

Celle qui n'est pas revenue il y a quinze jours - ou quarante, ou deux - avec une tuerie signée Topshop.

Et doublement indiquée car au moment-même où nous nous parlons, Topshop.com est en train de réapprovisionner ses rayons soldés.

Notamment avec la petite "blouse aztèque" de la collection été de Kate Moss.

20 livres au lieu de 35. C'est pas beau, ça ?

Y'a le choix en bleu et en jaune.

Comme d'hab', ça n'a l'air de rien, et puis sur la Moss, c'est bath.

A prendre, pour le commun des mortelles, le plus loose possible.

 

Reste ce petit souci de la pseudo-lavallière devant, m'enfin rien qu'un innocent coup de ciseau ne saura régler.

Quoi d'autre à se mettre sous la dent ?

LA robe dos nu jaune d'Alix et Lila... 25 livres au lieu de 50.

Un petit short à l'imprimé fleuri Stella McCartney-sque. 15 livres au lieu de 30.

Un collier-plastron prometteur (sur une robe t-shirt, avec un gilet long sans manches, miam...) 17,50 livres au lieu de 35.

Et enfin, pièce qui sera sublime sur une jeune fille à la peau caramélisée, le combishort en broderie anglaise. Britonnerie oblige ! 15 livres au lieu de 45...


 


 
 

La classe internationale


C'est pas juste.

Les Indiennes et les Japonaises, elles sont trop belles habillées à l'Occidentale.

Alors que les Caucasiennes, en sari ou en kimono, c'est direct "au bal masqué ohé ohé".

Mais on n'est pas chiennes. Même si on ne peut pas se projeter dedans, on peut quand même vouloir contempler ces vêtements-là pendant des heures. Enfin, je dis "on", Punky et moi quoi, quand on s'est pointées au Parc de Bagatelle jeudi pour voir l'exposition "Kimonos".

Une exposition qui se mérite, hein. Pas le droit de prendre de photos, évidemment. Mais pas non plus de catalogue ou de cartes postales à la sortie et pas de visuels de la scénographie en service de presse. Rude ! Extra-rude et extra pas malin quand on découvre la splendeur des étoffes exposées dans le Petit Trianon et la Galerie de Bagatelle.

Splendeur d'autant plus remarquable que la stylisation du kimono est un exercice extrêmement codifié. Pas sur le fond, parce que là c'est bête comme chou. Un rouleau de tissu de 12m de long sur 35 cm de large, une découpe plate, droite et sans coutures, et roulez jeunesse. Rien n'a changé, ou quasi, depuis le XVe siècle. Pour quoi faire ? C'est déjà si beau.

Non c'est plutôt sur la forme que le kimono atteint des sommets de sophistication. On s'épargnera l'assimilation des différentes familles de kimonos, de ceux réservés aux célibataires (furisode) à ceux arborés par les femmes de la caste des samouraïs (uchikake), en passant par ceux que portent les femmes mariées aux mariages mais UNIQUEMENT si elles sont apparentées aux jeunes mariés (kurotomesode)... Une chatte n'y retrouverait pas ses petits.

Le truc génial, c'est plutôt quand on commence à comprendre que s'il y a des glycines sur un kimono, c'est pas juste pour faire joli.


C'est une histoire de saison, notion à laquelle les Japonais sont culturellement très attachés.
Comme les fleurs de prunier et de cerisier, les violettes et les pivoines, la glycine est évocatrice du Printemps.
Alors que l'Eté, on verra éclore des lys, des hortensias ou des iris.


Et en Automne vive les hibiscus, les campanules...


... ou les chrysanthèmes. Symboles - comme le pin ou le bambou - de félicité au Japon, et non de deuil.


Pendant qu'en Hiver, place aux camélias et aux narcisses.
Et parce que la flore sans la faune c'est quand même non sens, les maîtres du kimono aiment aussi à convoquer quelques charmantes bestioles sur leurs oeuvres (en général, des volatiles)...

 

Le temps qui passe, ce sont aussi les astres et les éléments. Il n'est pas rare de croiser au détour d'une étoffe quelques flocons de neige saupoudrant des branches de saule, ou un clair de lune éclairant un cours d'eau...


Ah, ce clair de lune ! Probablement mon kimono préféré de toute l'exposition avec ses teintes passées, on ne se refait pas... Ex-aequo avec le modèle iris que je vous montrais tout à l'heure, c'est quand même de la belle ouvrage, non mais regardez cet ourlet... Et cette libellule...


Des coloris les plus éclatants aux tons les plus assourdis, des dessins les plus réalistes aux esquisses les plus stylisées, du coton à la gaze de soie... Une vraie merveille pour les yeux. De quoi faire passer tous les imprimés fleuris que l'on chérit en ce moment pour du fast-food fashion.


Evidemment, tout cela a un prix. Ou plutôt, tout cela est hors de prix. Alors, chaudement appuyée par Punky, je n'ai qu'un conseil à donner en cette période menaçante pour nos porte-monnaie. Courez vite à l'exposition "Kimonos" de Bagatelle. Pur shoot de grâce, sans tentation aucune.

De cet étalage de splendeur vestimentaire, vous repartirez le porte-monnaie plein (l'entrée coûte seulement 3 euros) , les mains vides, sans aucune trace de votre visite que vos prunelles remplies de somptuosité. Comme l'annonçait, aussi cruellement que joliment, Prince en préambule de ses concerts à Londres l'été dernier : "les photos sont interdites, ce show ne s'adresse qu'à vos mémoires".

"Kimonos", jusqu'au 15 juillet, tous les jours de 11h à 19h au Parc de Bagatelle, route de Sèvres à Neuilly, Paris XVIe.

 
 

That's all, folk


Parce que dans toute cette exaltation de robes longues, on en oublierait presque l'autre pôle d'attraction de la tendance. La jupe longue. Celle que Kate portait avant tout le monde. Et qu'on a vu réapparaître un an plus tard, folk à souhait, en force chez Comptoir. Râââ le choc, trois fois dans ELLE en trois semaines ou quasi.

Pour le commun des modasses, un vêtement Comptoir ça signe déjà l'esprit du temps, mais alors un vêtement Comptoir trois fois dans ELLE... Non, je ne fais pas partie de ces bergères qui froncent le nez lorsqu'elles voient poindre le troupeau en haut de la colline. Moi je suis le troupeau. Voire, je suis la colline.

Donc la jupe.

Comptoir ? Trop chère et puis c'est trop tard maintenant. Il aurait fallu frapper tout de suite.

J'y pensais plus depuis. J'avais acheté chez H&M une merveille de robe longue qui, croyais-je, avait réglé la question. Alors que rien à voir, robe et jupe rien à voir, et puis surtout la robe en question, moins casual tu meurs, malgré sa texture et son esprit ultra-cool, le décolleté, hum...

Notre problématique m'a rattrapée en pleine errance dans le Time Warner Building, la semaine dernière. Oui, à NY, encore... Pendant que qui vous savez épuisait les vendeurs dans un énième showroom high-tech, moi je passe devant chez Sisley, l'oeil mi-clos, dans un coma fashion puisque carrément SANS PORTE MONNAIE. Ubuesque.

Sisley, mouais, pas de quoi fouetter un chat, pense t-on. Jusqu'à ce que On, dans sa grande énergie digestionnelle post-smoothie, darde son demi-oeil sur la vitrine. Et voit ZE imprimé à fleurs, sur une robe longue. Ultra-décolletée, là encore, mais après tout : ça ou attendre dans un showroom high-tech...?

Et me voilà, secondée d'une vendeuse francophone délicieuse ("Voulay-vu une chambre pour essayay ?") munie de la robe (pas bien, Bali !) et de ce qui semble être son pendant jupesque (bieeeeen Bali, et en soldes en plus).

La robe ? Ultra-décolletée elle promettait, ultra-décolletée elle fut. Définitivement pas raisonnable. En plus la longueur obligeait soit à un ourlet (ahahahaha !) soit à des talons. Et vu le caractère déjà un peu red carpet de la bête, on allait oublier illico.

Alors que la jupe... L'imprimé était moins délicieux (même tissu mais strié de bandes noires) mais le porté boulot beaucoup plus envisageable, tout de suite. Ouais je réfléchis beaucoup en ce moment à ce concept du porté boulot. Rapport à une conversation qu'on a eue avec Punky sur le syndrome de la fringue "pour certaines occasions". Moi je disais que comme disait Inès de la Fress' dans le ELLE spécial rajeunir, si tu peux pas porter un vêtement demain, l'achète pas. D'où le concept du porté-boulot. Si une fringue passe le crible du porté-boulot (mon meilleur podium), elle a tout bon.

Et c'est le cas de la jupe. Enfin j'espère.

Serre-tête Kiabi, T-shirt H&M, débardeur COS, ceinture Gap homme, jupe Sisley, minibesace Topshop, spartiates en denim Pierre Hardy pour Gap.

Bon chui cool, mais en même temps si quelqu'un me demande de lui lire les lignes de la main, je lui griffe la face !