C'est pas juste.

Les Indiennes et les Japonaises, elles sont trop belles habillées à l'Occidentale.

Alors que les Caucasiennes, en sari ou en kimono, c'est direct "au bal masqué ohé ohé".

Mais on n'est pas chiennes. Même si on ne peut pas se projeter dedans, on peut quand même vouloir contempler ces vêtements-là pendant des heures. Enfin, je dis "on", Punky et moi quoi, quand on s'est pointées au Parc de Bagatelle jeudi pour voir l'exposition "Kimonos".

Une exposition qui se mérite, hein. Pas le droit de prendre de photos, évidemment. Mais pas non plus de catalogue ou de cartes postales à la sortie et pas de visuels de la scénographie en service de presse. Rude ! Extra-rude et extra pas malin quand on découvre la splendeur des étoffes exposées dans le Petit Trianon et la Galerie de Bagatelle.

Splendeur d'autant plus remarquable que la stylisation du kimono est un exercice extrêmement codifié. Pas sur le fond, parce que là c'est bête comme chou. Un rouleau de tissu de 12m de long sur 35 cm de large, une découpe plate, droite et sans coutures, et roulez jeunesse. Rien n'a changé, ou quasi, depuis le XVe siècle. Pour quoi faire ? C'est déjà si beau.

Non c'est plutôt sur la forme que le kimono atteint des sommets de sophistication. On s'épargnera l'assimilation des différentes familles de kimonos, de ceux réservés aux célibataires (furisode) à ceux arborés par les femmes de la caste des samouraïs (uchikake), en passant par ceux que portent les femmes mariées aux mariages mais UNIQUEMENT si elles sont apparentées aux jeunes mariés (kurotomesode)... Une chatte n'y retrouverait pas ses petits.

Le truc génial, c'est plutôt quand on commence à comprendre que s'il y a des glycines sur un kimono, c'est pas juste pour faire joli.


C'est une histoire de saison, notion à laquelle les Japonais sont culturellement très attachés.
Comme les fleurs de prunier et de cerisier, les violettes et les pivoines, la glycine est évocatrice du Printemps.
Alors que l'Eté, on verra éclore des lys, des hortensias ou des iris.


Et en Automne vive les hibiscus, les campanules...


... ou les chrysanthèmes. Symboles - comme le pin ou le bambou - de félicité au Japon, et non de deuil.


Pendant qu'en Hiver, place aux camélias et aux narcisses.
Et parce que la flore sans la faune c'est quand même non sens, les maîtres du kimono aiment aussi à convoquer quelques charmantes bestioles sur leurs oeuvres (en général, des volatiles)...

 

Le temps qui passe, ce sont aussi les astres et les éléments. Il n'est pas rare de croiser au détour d'une étoffe quelques flocons de neige saupoudrant des branches de saule, ou un clair de lune éclairant un cours d'eau...


Ah, ce clair de lune ! Probablement mon kimono préféré de toute l'exposition avec ses teintes passées, on ne se refait pas... Ex-aequo avec le modèle iris que je vous montrais tout à l'heure, c'est quand même de la belle ouvrage, non mais regardez cet ourlet... Et cette libellule...


Des coloris les plus éclatants aux tons les plus assourdis, des dessins les plus réalistes aux esquisses les plus stylisées, du coton à la gaze de soie... Une vraie merveille pour les yeux. De quoi faire passer tous les imprimés fleuris que l'on chérit en ce moment pour du fast-food fashion.


Evidemment, tout cela a un prix. Ou plutôt, tout cela est hors de prix. Alors, chaudement appuyée par Punky, je n'ai qu'un conseil à donner en cette période menaçante pour nos porte-monnaie. Courez vite à l'exposition "Kimonos" de Bagatelle. Pur shoot de grâce, sans tentation aucune.

De cet étalage de splendeur vestimentaire, vous repartirez le porte-monnaie plein (l'entrée coûte seulement 3 euros) , les mains vides, sans aucune trace de votre visite que vos prunelles remplies de somptuosité. Comme l'annonçait, aussi cruellement que joliment, Prince en préambule de ses concerts à Londres l'été dernier : "les photos sont interdites, ce show ne s'adresse qu'à vos mémoires".

"Kimonos", jusqu'au 15 juillet, tous les jours de 11h à 19h au Parc de Bagatelle, route de Sèvres à Neuilly, Paris XVIe.