Hier, j’ai passé la journée sans maquillage.

Rien de délibéré, un banal concours de circonstances. Je ne travaillais pas et j’ai dû partir urgemment de chez moi le matin, sans passer par la case coiffage ni maquillage et en mettant ce qui me tombait sous la main (expression qui m’est totalement étrangère, rien que de l’écrire ça s’échappe bizarrement des doigts).

Mais je n’ai pas pu rentrer comme prévu. Et ce qui devait n’être qu’un bref aller-retour s’est transformé en journée entière passée dehors.

Une journée à ne guetter ni les miroirs, ni le regard des autres. Une journée de transparence.

En vacances entre deux baignades, ou en mission au bout du monde (autrement dit lorsqu’au terme d’une semaine d’exposition acharnée, j’acquiers de haute lutte ce voile de hâle que 99% des gens chopent généralement en un week-end en terrasse – vous voyez, ci-dessus, post-Portugal, je suis à mon max), il m’arrive d’abandonner mon pomponnage habituel.

Vêtements, maquillage, effets capillaires, je suis une fille qui se « travaille » beaucoup. Je sais ce que je dois à ces artifices. Y renoncer quand je suis dans un endroit un peu exotique me met déjà dans un état… disons… inconfortable. Alors imaginez à Paris, où le rempart au bitume et à la grisaille, c’est de mettre de la lumière sur soi.

J’ai passé l’après-midi dans le noir, au cinéma. J’ai essayé de me dire que je testais l’épure de Charlotte Gainsbourg, une fois de plus si magnétique au naturel (exception faite de ses ongles rouges-noirs sublimes) dans « Melancholia ».

Ha ha !

Oui, je sais.

Toutes les Charlotte ne se valent pas.

Vous dire que cette expérience anodine donne sur le moment une certaine vulnérabilité ne serait pas l’exacte vérité. A chaque fois que je retournais à la lumière du jour, au regard des autres, je me suis aperçue que j’affichais un sourire flottant, toujours en embuscade, peut-être pour compenser l’impolitesse de ce visage sans apprêt. Comme s’il y avait une sorte de douce paix sur moi ou que j’avais la tête à des rêveries enviables.

Vous dire que cette expérience anodine donne sur le moment une certaine force ne serait pas l’exacte vérité non plus. A chaque fois que je croisais une fille avec un beau rouge à lèvres, j’avais envie de lui dire « moi aussi tu sais, en fait ». Alors je baissais la tête, reprenais mes griffonnages dans mon journal de gratitude. Comme à côté de moi-même. J’avais l’impression de mentir.

Finalement ce jour de crudité m’a mise sous bulle. Isolée dans mon monde, mettant les gens à distance.

Le maquillage n’est pas forcément un masque. J’y penserai la prochaine fois que je verrai une fille très fardée dans la rue. C’est une main qu’elle vous tend.

Sur les mêmes thèmes

101 commentaires

  1. Ciel d’encre – Balibulle - Etats d'âme vestimentaires et stylistiques

    lundi 2 janvier 2012 à 18:25

    […] étoilée / Zara (automne-hiver 2011-2012), entraperçue ici Robe bustier / Zara (printemps-été 2010), déjà vue ici Collant / COS (automne-hiver 2010-2011) […]

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.