La première valeur avec laquelle on renoue quand on commence à optimiser sa garde-robe, c’est celle du temps.

Le temps qu’il faut pour se lancer.
Le temps qu’il faut pour trier.
Et le temps qu’il faut, désormais, pour acheter.

Ca n’a l’air de rien, pourtant ça change tout… Tant la « lenteur » de l’achat va à l’encontre de tout ce que notre environnement commercial nous fait assimiler à coup « d’achat express », « en un clic », de grandes enseignes nous incitant à ne pas essayer les vêtements en cabine pour « gagner du temps » parce que c’est si facile de venir échanger pendant X  jours, de vendeuses parfois culpabilisantes qui accueillent votre « je vais réfléchir » comme si c’était une formule diplomatique, synonyme de « ça ne me plaît pas ».

Pourtant non : souvent, « je vais réfléchir » veut juste dire « je vais réfléchir ».

Un achat peut être impulsif : on sait d’instinct qu’il nous correspond, avec quoi l’associer, on a envie de le porter sur le champ, on a le budget nécessaire à dispo. Bim bam boum. C’est ce qui s’est passé pour moi avec ma doudoune plume.

Mais pour que cette démarche-là soit savourée à sa juste valeur, elle ne doit pas devenir la norme.

Je suis toujours avec curiosité les cures de « privation d’achat » comme celle que vient d’entamer Une chic fille. Même si je n’ai pas la même démarche, j’y apprends toujours quelque chose, comme quand Marie parle de sa peur de manquer.
De mon côté, j’essaie de rééquilibrer mon « alimentation », d’assouplir les choses sur le long terme, comme pour la nourriture. Les parallèles sont multiples : quelques gueuletons de temps en temps, des apports plus rationnels (et rationnés) au quotidien, qu’on apprend à « mâcher » plus longtemps…

Dans les deux cas, il faut s’y prendre un peu artificiellement, pour mettre en place de nouvelles habitudes. Pour donner du temps au temps, voilà trois astuces que j’essaie d’appliquer.

1) Benchmarker les basiques

Pourquoi je porte peu mes perfectos et ma chemise en jean ? Parce que je n’ai pas LE bon perfecto, ni LA bonne chemise en jean. Oui, un seul de chaque pourquoi pas, s’il est parfait dans son registre. La bonne longueur, la bonne carrure, la bonne matière, les bons détails, le bon budget.

balenciaga_perfecto_freja_beha_denim_shirt_garance_doreLe perfecto Balenciaga parfait de Freja Beha / la chemise en jean Maje parfaite de Garance Doré

Il y a la théorie, ce que vous trouvez parfait sur les autres, puis la pratique. C’est très souvent une longue quête. Où il est parfois tentant de se croire arrivé avant l’heure, l’exemple du « gros pull ultime » vous l’a prouvé ! Je n’avais pas trouvé le GPU, mais j’avais envie de me le dire. Le temps n’est pas une option, ça fait partie du jeu.
Chercher sa perfection à soi. Taper dans toutes les gammes de prix, pour savoir ce qui se fait, le nom des modèles, avoir une connaissance approfondie du dossier, des points de comparaison. Et même, si l’occasion se présente, oser essayer les grands classiques, pour voir sur soi ce à quoi la « perfection » est censée ressembler. C’est ce que j’ai fait avec Coco un jour où on passait devant Burberry. Et on n’est pas à l’abri d’une surprise. Les finitions de leurs trenchs sont fabuleuses, mais la coupe et l’étoffe sont trop sophistiquées pour moi. Je préfère le coton un peu patiné de mon Comptoir des Cotonniers, un comble ! Et je comprends pourquoi les Burberry vintage font fantasmer davantage encore que les modèles neufs en boutiques…

2) Toujours essayer plusieurs tailles

Oui, même pour une commande en ligne. Dès le moment où l’on est obligé de retourner à la Poste quoi qu’il arrive, on est moins passif face au vêtement. Avoir sous la main non pas une mais deux robes, non pas une mais deux paires de chaussures aiguise automatiquement le regard sur la pièce elle-même, permet de la « scanner » davantage, de voir comment on l’apprivoise… ou non.

L’IDÉAL, comme le faisait Dead Fleurette : essayer carrément trois tailles pour un vêtement. La taille que vous pensez faire + la taille du dessus + la taille du dessous. Côté chaussures, je ne compte même plus le nombre de paires trop grandes que je possède, parce que je fais du 38,5 et que par flemme (ou par bêtise), j’essayais uniquement le 39 pour les chaussures fermées. Maintenant, j’essaie le 38 et le 39, à chaque fois.

3) Ritualiser l’achat

Lister ses envies.
Les « benchmarker ».
Les budgétiser.
Les essayer.
Les planifier.
Et puis, enfin, le jour J, les acheter.

L’IDÉAL. Ne pas acheter (ou commander) deux pièces le même jour. C’est comme voir deux très bons films à la suite, leur singularité se dilue !
Plus on décompose le processus, plus on le ritualise, plus on redonne du poids à l’acquisition elle-même. On passe de la valorisation de l’acte d’achat à la valorisation du sujet de l’achat. La frustration qu’on peut ressentir en baissant la fréquence de ses acquisitions (acte d’achat), est compensée par le soin qu’on met à préparer et choisir chacune d’entre elles (sujet de l’achat). D’autant que l’argent économisé permet, pour une grosse pièce, de monter en gamme. Et monter en gamme, de faire des économies, quand la qualité est au rendez-vous bien sûr. Vous connaissez ça déjà par coeur.

=> La prochaine étape ? Plus logique tu meurs. Après avoir parlé de ce qui se passe avant qu’un nouvel achat entre dans un placard, on parlera de ce qui se passe après.

Et tant qu’on parle d’avenir et d’envie(s), un grand, gros et dégoulinant merci au Révérencieux, pour ce si joli portrait et hommage chez eux aujourd’hui, après ceux accordés à, entre autres, à Sophie Fontanel et Isabelle Oziol de Pignol.
Et toujours à l’Express Styles, qui m’avait consacré une de ses interviews Top Blogs la semaine dernière. Sauf que je n’ai désormais plus 32 ans mais 33, merci à vous pour vos voeux d’anniversaire ici et sur Instagram, et pour faire de ce blog ce qu’il est depuis sept ans.

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56 commentaires

  1. Balibulle

    samedi 4 janvier 2014 à 13:15

    @ judith : merci Judith, témoignage ultra intéressant parce qu’évidemment, quand on a un tempérament un peu obsessionnel, on se retrouve fatalement à remplacer une addiction par une autre. Reste à voir laquelle est la plus simple et agréable à vivre 🙂 Tu es faite pour la radicalité quoi qu’il arrive et le sevrage total en est une autre forme, mais effectivement, c’est peut-être celle-là qui te conviendra le mieux ? Tiens-moi au courant !
    @ severi27 : quel beau parcours 🙂
    @ danisha / audrey : merci ! Le chemin est long, alors votre compagnonnage est essentiel 😉
    @ fabignou : héhé, merci ! Bien vu pour le rapport géographie / rentabilité shopping, et chapeau que ça n’ait pas entraîné une explosion des envies, à force de passer devant les vitrines 🙂 Pour les bottes +1, moi je rentabilise mes chaussettes de ski avec (glamouuuuuur ou quoi)
    @ nunu : LA meilleure 🙂
    @ aurore : oui je pense que l’âge joue et oui, faire le deuil (c’est vrai le mot) de ce qu’on aime sur les autres, c’est ce qu’il y a de plus dur, je te confirme. Parce qu’il y a une forme d’injustice qu’il faut accepter…
    @ jul » : haha, ne t’excuse JAMAIS j’adore tes commentaires 🙂 🙂 Et oui, comme je disais plus haut à Judith, le benchmark, la ritualisation, tout ça, c’est bien pour les natures un peu « tempérées ». Et plus facile, aussi, quand on a déjà une base de fringues solide et bien fournie 🙂
    @ thiad : merci beaucoup ! Je suis super flattée si tu trouves tout ça ici ^^ Et pour le temps, chaque petit pas c’est déjà formidable, non ?
    @ murielle : merci ! Et oui, en priant pour qu’elle ne nous lâche pas 😉
    @ lo : c’est très juste ce que tu dis sur la spirale chronophage d’envies et d’injonctions dans laquelle on se trouve quand on parcourt beaucoup les blogs. J’ai trouvé le même « repos » en laissant intacte la pile de ELLE et Grazia pendant des mois. Le temps me manque et j’ai longtemps culpabilisé de lire aussi peu de blogs, parce que je me sentais mauvaise camarade et pas assez ouverte… Et en même temps, c’est ce que nous préserve à double titre, parce que les journées ne sont pas extensibles et puis, par ce qu’on a de singulier à offrir. Je suis très perméable à ce que je vois chez les autres, alors finalement, tant mieux ^^
    @ mimi : haha, OUI, pour la technique du plus large/grand d’abord ! 🙂 Moi non plus pas trouvé tee blanc parfait (on partagera les infos). Et tu es la deuxième personne à me faire cette remarque pour le Balenciaga. Une copine à qui il va sublimement bien « optiquement » mais qui ne se sent pas bien dedans à cause de son épaisseur… Il est temps que j’aille moi aussi l’essayer pour, peut-être, casser le mythe…
    @ camille : oui l’inspiration est un processus complexe, ce qui rentre par le point A ressort de manière totalement transformée par le point B. Ca peut être une simple émotion esthétique, parfois, comme on va se nourrir de beauté devant un défilé ou au musée. Et c’est tout aussi bien. Quant à la rationalisation, je ne la trouve pas antinomique par définition, que veux-tu dire ?
    @ matchingpoints : c’est Victoria Beckham pour la campagne publicitaireju de Marc Jacobs en 2008 🙂 Son changement d’image a commencé par là, comme quoi, ça peut mener loin ! Quant à l’achat sur Internet, tout dépend. Si vous avez livraison et retour gratuit, et que vous pouvez essayer des associations dans votre penderie, ça incite, à mon sens, à la réflexion… Et enfin, merci pour le clin d’oeil marketing !
    @ cat : bien joué, quelle belle prise !! Et pour le  » Si ça ne serre pas, je prends (mouais, je sais) », je m’y reconnais tellement… 🙂
    @ manon : MAIS NAN ! ^^ Culte !
    @ judith : là encore, c’est la Radicale qui parle 🙂 Je ne sais pas comment ça se passe pour toi, mais moi j’ai dans ma garde-robe des basiques absolus qui ne ressemblent pas vraiment à des basiques. Par exemple, ce sac Heimstone : http://www.balibulle.com/wp-content/uploads/parka_delancey_marc_by_marc_jacobs.jpg
    Ou cette robe Tibi :
    http://www.balibulle.com/post/2012/03/19/arme-dimpression-massive/
    Et je les porte à outrance, sans me lasser. Je pense que la troisième voie se fait naturellement. Tu vois ce que je veux dire ?
    @ aurora : merci !
    @ fashion musings diary : totalement, c’est le cas de le dire
    @ shoubbi : haha, j’adore ! Chacun ses mythes, que veux-tu 🙂
    @ anaëlle : le duvet, y’a que ça de vrai ! Soit une doudoune fine que tu glisses sous tes manteaux habituels, soit une vraie parka « technique » bien coupé et chaude sans faire bibendum… Mais ça va, comme il fait encore relativement doux, tu as du temps devant toi ^^
    @ claire : c’est drôle ! Excellent parallèle avec Cendrillon, la quête paraît plus symbolique et fantasmée que réelle. As-tu réellement envie d’être la fille aux escarpins rouges ? 😉 Et pour tes chemises en jean, ça me paraît la voix de la sérénité parfaite
    @ sidjana : vrai vrai vrai si vrai. La vraie grande denrée rare c’est ça. Et je me le dis à chaque fois que je rêve d’un moment où le temps ne compterait plus et ne me forcerait plus à arbitrer entre des activités que j’ai toutes envie de mener… Et on rejoint la tyrannie de la to do list 🙂
    @ rose market vintage : c’est tout un art pour s’y retrouver. Tu as de très belles pièces chez toi. Moi j’avoue… je ne sais pas faire ^^ j’ai l’impression d’acheter pour la marque, plutôt que pour le vêtement en lui-même
    @ lor : oui il est chouette son témoignage 🙂 Pour le temps, je dirais que c’est notre seuil de tolérance qui décide. Je m’achète des fringues depuis 15 ans et je n’ai toujours pas de t-shirt blanc parfait… A un moment donné, tu fais sans, et puis voilà 😉
    @ claire : c’est un mélange mystérieux d’instinct et de hasard, et c’est ce qui fait, finalement, le côté passionnant de la chose 😉 Continuer de se planter et de ne pas savoir où l’on va, pour que les surprises soient encore plus belles.
    @ julytoseptember : merci ! Et oui, quand on entame cette démarche, on sait que l’auditoire va changer. Il y a des gens qui iront ailleurs, c’est comme ça ^^
    @ lucie coquette : merci beaucoup beaucoup, c’est adorable !
    @ félicie & cie : hey, merci beaucoup ! Tu es de quel jour toi ?
    @ anonyme : haha, t’as vu ! Cohérente, au moins 😉 Meilleurs voeux !

  2. lyly-s

    mardi 21 janvier 2014 à 21:44

    Pour des milliers de raisons je n’étais pas passée sur ton blog depuis un bail. Et quand je lis ça je me dis que t’es vraiment le blog qui me correspond le plus parmi les huit milliards que je lis (j’exagère à peine). Je fais des études d’économie et sans rire ta façon d’analyser ton processus d’achat est proche de ce que j’apprends en cours. Tout ça est hyper logique et en même temps on n’y pense pas assez.

    « Dès le moment où l’on est obligé de retourner à la Poste quoi qu’il arrive, on est moins passif face au vêtement. » => je ne compte plus le nombre de fois où j’ai reçu un vêtement et ou je l’ai gardé parce que « de toute façon maintenant il est là ».

    Encore une fois tu tapes dans le mille et c’est THE article que j’avais besoin de lire pendant ces soldes, et à l’aube de la réfection de ma garde robe (je vais rationaliser, depuis le temps que je devais le faire). Il me tarde de lire la suite des articles que j’ai en retard 🙂

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