Tombé sous les balles des frères Kouachi, le journaliste de « Charlie Hebdo » et « Libération » Philippe Lançon a survécu, la mâchoire partiellement arrachée.
Son récit, trois ans après l’attentat, aurait pu se contenter d’être court, innervé de phrases choc (« combien de temps ai-je regardé la cervelle de Bernard ? »). Une gifle d’une brutalité et d’une efficacité totales.
Refusant cette facilité, « Le Lambeau » fait le choix inverse, celui de la longueur (+ de 500 pages), qui nous fait épouser au plus près la lente reconstruction de son auteur, ses questionnements les plus intimes, zébrés de digressions littéraires ou amoureuses.
Philippe Lançon ne renonce à rien. Ni à verbaliser l’indicible (si vous voulez savoir à quoi ressemble une fusillade vue de l’intérieur et le chemin de croix d’une « gueule cassée » vous aurez tous les détails, même les plus crus) ni à se montrer curieux de tout et de tous. Racontant les soignants, patients ou policiers qui assurent sa sécurité. Certains ne font que passer dans le récit, d’autres en sont des héros à part entière, tous existent avec puissance. Transformant ce qui aurait pu être un livre quasi-insoutenable en odyssée sensible et contrastée.
On y avance à pas de géant, avant de piétiner un peu à mi-parcours, puis de la finir au galop. Avec la sensation que la moindre page, même la plus bavarde, est essentielle à l’immersion, qui se conclut sur l’attentat du Bataclan.
Cinq jours après avoir achevé le « Lambeau », je le digère encore. Impossible de me lancer dans un autre livre. C’est toujours bon signe.
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Tombé sous les balles des frères Kouachi, le journaliste de « Charlie Hebdo » et « Libération » Philippe Lançon a survécu, la mâchoire partiellement arrachée. Son récit, trois ans après l’attentat, aurait pu se contenter d’être court, innervé de phrases choc (« combien de temps ai-je regardé la cervelle de Bernard ? »). Une gifle d’une brutalité et d’une efficacité totales. Refusant cette facilité, "Le Lambeau" fait le choix inverse, celui de la longueur (+ de 500 pages), qui nous fait épouser au plus près la lente reconstruction de son auteur, ses questionnements les plus intimes, zébrés de digressions littéraires ou amoureuses. Philippe Lançon ne renonce à rien. Ni à verbaliser l’indicible (si vous voulez savoir à quoi ressemble une fusillade vue de l’intérieur et le chemin de croix d’une « gueule cassée » vous aurez tous les détails, même les plus crus) ni à se montrer curieux de tout et de tous. Racontant les soignants, patients ou policiers qui assurent sa sécurité. Certains ne font que passer dans le récit, d’autres en sont des héros à part entière, tous existent avec puissance. Transformant ce qui aurait pu être un livre quasi-insoutenable en odyssée sensible et contrastée. On y avance à pas de géant, avant de piétiner un peu à mi-parcours, puis de la finir au galop. Avec la sensation que la moindre page, même la plus bavarde, est essentielle à l’immersion, qui se conclut sur l'attentat du Bataclan. Cinq jours après avoir achevé le "Lambeau", je le digère encore. Impossible de me lancer dans un autre livre. C'est toujours bon signe.

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1 commentaire

  1. « L'amour après » de Marceline Loridan-Ivens | Balibulle

    jeudi 15 octobre 2020 à 11:59

    […] grands brûlés de l’existence ont de l’espièglerie à revendre en ce moment.Avant de lire « Le Lambeau » au mois de mai, j’avais englouti en quelques heures « L’amour après » de Marceline Loridan-Ivens, […]

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