J’ai rencontré Fiona Schmidt sur les bancs de l’Institut Français de Presse au début des années 2000.
J’étais encore une petite chose timorée qui avait arrêté ses piges à France-Soir, de peur de planter son mémoire de recherche. Fiona, elle, suivait notre cursus de DEA entre deux conférences de rédaction à Cosmopolitan, avec une énergie qui me semblait herculéenne. Déjà plongée dans la vie active, déjà en train de façonner son ton, son regard. Et bientôt, son art de détricoter les injonctions et conditionnements sexistes.
Dix-sept ans plus tard, cette journaliste et auteure « compulsive » est devenue l’une des plumes les plus jubilatoires du web féministe. Je finis rarement un de ses billets sans me dire qu’elle a mis le doigt sur quelque chose que je n’avais jamais verbalisé.
C’était déjà le cas sur son
Instagram dont la finesse le dispute à la drôlerie. Ça l’est tout autant sur son deuxième compte lancé il y a quelques semaines : Bordel de mères, dédié à la charge mentale maternelle, celle qui « concerne 100% des femmes, avec ou sans enfants ». Thème salvateur auquel elle consacrera son troisième livre, après « Les recettes d’une connasse » et « L’amour après #MeToo ». 
Evidemment que ce nouveau rendez-vous des
rituels d’écriture devait démarrer avec elle.
Fiona Schmidt nous raconte son « lit-bureau », ses « hoodies de boulot » et comment elle a allégé son style.

« Je suis bourrée de tocs. Particulièrement en ce qui concerne l’écriture. La bouffe et le ménage aussi, remarque… Je n’ai jamais réussi à écrire à une table, ni même assise correctement sur un fauteuil. En fait, je suis incapable de bosser autrement qu’assise en tailleur par terre ou à moitié allongée – vautrée, donc – sur un lit. »

CARNETS ET HIÉROGLYPHES

« À Paris, j’ai un lit-bureau plein de coussins, sur lequel je ne fais que travailler et à la campagne je travaille par terre (alors qu’il y a un lit dans la pièce…) mais j’aime avoir toutes mes notes et mes bouquins étalés autour de moi.
Je prends énormément de notes à la main, tout le temps et partout : j’ai
plusieurs carnets de différentes tailles sur moi en permanence, dans mon sac à main, sur mon bureau (enfin, sur le plancher…), et sur à peu près toutes les surfaces planes de la maison.
Ils sont tous signés Christian Louboutin, pas tant parce que je suis snob que parce qu’une amie me les offre et je les adore : non seulement ils sont beaux mais le grain du papier, le format et l’interlignage une page sur deux est parfait. J’y note non seulement mes idées mais aussi des listes de courses, des numéros de téléphone, des choses dont je ne sais pas toujours à quoi ou à qui elles font référence (« rappeler OKP » : qui est OKP, rappeler quand, à quel sujet ? Je ne déchiffre pas toujours mes propres hiéroglyphes…) »

ALLERGIQUE AU BRUIT

Avant, je fumais en écrivant, mais ça m’est passé, sans doute parce que ça puait trop chez moi, et j’ai remplacé la clope par les boules Quiès, sans les mettre au même endroit bien sûr.
C’est très difficile pour moi de prendre des notes ou de faire un post un peu chiadé sans elles (une liste de courses, je gère). Je suis incapable de me concentrer si je n’ai pas des trucs dans les oreilles. D’une part je suis allergique au bruit quand je travaille – un jour j’ai débranché le frigo tellement le ronron me dérangeait (c’était un vieux frigo) – mais surtout, c’est un rituel.  »

CAPUCHE D’ÉCRITURE

« Ça me sert à délimiter mes plages horaires de boulot : avec boules Quiès je bosse, sans boules Quiès je ne bosse pas ou plus. Du coup, j’ai des boules Quiès absolument partout, dans tous mes sacs à main mais aussi dans mes jeans et tous mes hoodies de boulot (oui, j’aime bien avoir une capuche sur la tête quand j’écris). »

JAMAIS AVANT MIDI

« Je n’ai pas de grigris, pas de stylo fétiche ou de relation oedipienne à mon Mac, mais j’ai une muse : mon chat, mon héritier, la prunelle de mes yeux, qui me colle comme un petit chien depuis qu’il est bébé.
C’est le seul être vivant que je supporte dans la même pièce que moi quand je travaille, j’ai beaucoup de mal à écrire si quelqu’un est à côté.

J’écris l’après-midi, le soir et la nuit, jamais le matin, jamais avant midi. Je ne suis vraiment pas du matin. »

PHRASES À TIROIRS

« Et surtout, je suis incapable d’écrire au kilomètre puis de remaquiller mes phrases après. Je réécris très peu, mais je prends le temps d’écrire. Et je n’écris pas très vite, parce que j’ai l’esprit lent : j’ai besoin de peser chaque mot, d’emboîter les idées de façon à ce qu’elles ne grincent pas, de doser la ponctuation… J’adore les parenthèses et les tirets, je suis très tiret, très phrases à tiroirs même si j’essaie de me corriger.
Sans devenir épurée, mon écriture est moins baroque qu’avant, il y a moins de moulures et de dorures partout, j’ai moins mal au crâne en me relisant. »

=> OÙ LIRE FIONA ?
« Les Recettes d’une Connasse » (2017)
« L’Amour après #MeToo: Traité de séduction à l’usage des hommes qui ne savent plus comment parler aux femmes » (2018)
Sur son Instagram The Fiona Schmidt
Sur son Instagram Bordel de Mères
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Lisez ses dernières contributions dans Cheek Magazine ou Slate.

=> Rendez-vous dans un mois avec la prochaine invitée des Rituels d’écriture. Et pour découvrir les miens, c’est ici !

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9 commentaires

  1. Anonyme

    mardi 4 juin 2019 à 13:45

    1) la photo j’ai cru un instant que c’était toi après une chirurgie esthétique et j’ai vraiment eu peur !^^
    2) Arrêtez de vous envoyer des fleurs entre journalistes, ça dégrade votre image collective dans l’opinion publique (c’est vrai quoi !)
    3) [là je suis sérieux] allergique au bruit : il faut ABSOLUMENT essayer un casque anti-bruit électronique. Moi je possède le Sony MDR-1000x, mais il y a des modèles plus récents. C’est très efficace, agréable à porter et on peut envoyer dedans par bluetooth de la musique, des appels téléphoniques, les infos…

    1. Balibulle

      mercredi 12 juin 2019 à 17:29

      Au journal j’en ai eu un, Bose, très fragile, même s’il coûtait le double du tien. J’essaie de décrocher.

  2. Estelle

    mardi 4 juin 2019 à 20:41

    Fiona Schmitt chez balibulle : le rêve ! Merci beaucoup !

    1. Balibulle

      mercredi 12 juin 2019 à 17:30

      La fierté 🙂

  3. brunette

    lundi 10 juin 2019 à 11:48

     » j’ai remplacé la clope par les boules Quiès, sans les mettre au même endroit bien sûr » –> mon dieu que j’ai ri. Je suis grande fan des boules Quiès pour être tranquille, mais j’ai du bol c’est silencieux chez moi. Je ne dors quasi jamais sans par contre. Et pour reprendre la thématique aviation: c’est la 1ère chose que je fais quand je boarde. Boule Quiès DIRECT! Je suis misophone dernier degré, c’est assez chiant. Comme Fiona elles parsèment mes sacs à main – trop la trouille d’oublier quand je découche ou quand je voyage.
    Merci pour la découverte de ses comptes Insta, c’est jouissif.

    1. Balibulle

      mercredi 12 juin 2019 à 17:31

      Tout comme toi, je suis devenue accro au point de ne pas pouvoir dormir sans, même quand personne ne ronfle à côté de moi (et Tartine, je parle aussi de toi).
      Régale-toi sur Insta !

  4. Val Lao sur la Colline

    lundi 8 juillet 2019 à 12:44

    Fiona for ever ! Je suis ses comptes IG depuis un moment, quelle énergie et quelle perspicacité !

  5. Doudoune, carnet japonais et salade au saumon | Balibulle

    mardi 9 juillet 2019 à 10:32

    […] invitée des « Rituels d’écriture ». Pour (re)découvrir ceux de Fiona Schmidt, c’est ici et les miens, c’est par […]

  6. Les rituels d'écriture de Géraldine Dormoy | Balibulle

    mardi 10 septembre 2019 à 10:31

    […] des « Rituels d’écriture ». Et d’ici là, vous pouvez (re)découvrir ceux de Fiona Schmidt, ceux de Mathilde Toulot et les […]

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