Il n’a réchappé à aucune insulte. Accusé de « décrépitude », raillé sur ses phrases à rallonge, sa futilité, son âge et sa supposée fortune, Marcel Proust a scandalisé le tout-Paris en décrochant le prix Goncourt en 1919 pour « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ».
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Il faut dire que Marcel l’a bien cherché en coiffant au poteau, et au sortir de la guerre, le lauréat idéal : le baroudeur Robert Dorgelès, qui a écrit depuis les tranchées et sous les tirs de mortiers son chef d’oeuvre, « Les Croix de Bois ». Comparés à cette épopée guerrière, les émois balnéaires du héros proustien, en goguette sur les plages de la Belle Époque, agacent dans un pays encore exsangue, en pleine reconstruction. Criant aux « Goncourtisans » et à la « Proustitution », la presse rivalise alors de néologismes furibards et, il faut l’avouer, encore assez jubilatoires.
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Car un siècle plus tard, la question posée par cette bronca est toujours d’actualité : parmi les innombrables missions de la littérature, quelle est la plus noble ? Nous ancrer dans le réel ? Ou s’en évader ? « On cherche à se dépayser en lisant, et les ouvriers sont aussi curieux des princes que les princes des ouvriers », répondra Proust. Dont Thierry Laget dresse un portrait tout aussi savoureux, car Marcel n’était pas le dernier à oeuvrer pour son propre sacre : « dès 1913, il se demande déjà s’il est possible de faire campagne sans paraître convoiter ce qu’un écrivain sûr de son génie doit mépriser ? » Au final, Proust aura joué le jeu à fond, entre appels du pied, renvois d’ascenseur et manigances en coulisses.
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Documenté jusqu’au vertige (Thierry Laget a commencé à défricher le sujet il y a… quarante ans !), « Proust, prix Goncourt” peut étourdir par la multiplicité de ses protagonistes. Mais il est aussi un génial champ d’amour à cette passion très française : la polémique. Que le plus prestigieux des prix littéraires a toujours su exploiter. Car il “se nourrit de tout : adorations, détestations, scandales. Plus il se discrédite, plus il acquiert de prestige auprès du public. Plus on l’attaque, plus il semble s’élever au-dessus de la mêlée qui a lui-même provoquée. »
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Il n'a réchappé à aucune insulte. Accusé de "décrépitude", raillé sur ses phrases à rallonge, sa futilité, son âge et sa supposée fortune, Marcel Proust a scandalisé le tout-Paris en décrochant le prix Goncourt en 1919 pour "À l'ombre des jeunes filles en fleurs". . Il faut dire que Marcel l'a bien cherché en coiffant au poteau, et au sortir de la guerre, le lauréat idéal : le baroudeur Robert Dorgelès, qui a écrit depuis les tranchées et sous les tirs de mortiers son chef d'oeuvre, "Les Croix de Bois". Comparés à cette épopée guerrière, les émois balnéaires du héros proustien, en goguette sur les plages de la Belle Époque, agacent dans un pays encore exsangue, en pleine reconstruction. Criant aux "Goncourtisans" et à la "Proustitution", la presse rivalise alors de néologismes furibards et, il faut l'avouer, encore assez jubilatoires. . Car un siècle plus tard, la question posée par cette bronca est toujours d'actualité : parmi les innombrables missions de la littérature, quelle est la plus noble ? Nous ancrer dans le réel ? Ou s'en évader ? "On cherche à se dépayser en lisant, et les ouvriers sont aussi curieux des princes que les princes des ouvriers", répondra Proust. Dont Thierry Laget dresse un portrait tout aussi savoureux, car Marcel n'était pas le dernier à oeuvrer pour son propre sacre : "dès 1913, il se demande déjà s'il est possible de faire campagne sans paraître convoiter ce qu'un écrivain sûr de son génie doit mépriser ?" Au final, Proust aura joué le jeu à fond, entre appels du pied, renvois d’ascenseur et manigances en coulisses. . Documenté jusqu’au vertige (Thierry Laget a commencé à défricher le sujet il y a… quarante ans !), "Proust, prix Goncourt” peut étourdir par la multiplicité de ses protagonistes. Mais il est aussi un génial champ d’amour à cette passion très française : la polémique. Que le plus prestigieux des prix littéraires a toujours su exploiter. Car il “se nourrit de tout : adorations, détestations, scandales. Plus il se discrédite, plus il acquiert de prestige auprès du public. Plus on l'attaque, plus il semble s'élever au-dessus de la mêlée qui a lui-même provoquée."

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