D’abord, il y a cet incroyable titre, à l’éclat mortifère. « La mère morte », c’est celle que l’on perd, mais aussi celle que l’on cesse d’incarner. Car à trois mois d’intervalle, Blandine de Caunes a perdu sa fille et sa mère. La disparition de la seconde, elle y était prête, préparée même, Alzheimer avait fait assez de dégâts comme ça. « L’ordre des choses », c’était ça. Et pas la voiture folle venue faucher Violette, 36 ans.
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Il a fallu ce double deuil pour que Blandine, longtemps attachée de presse dans le milieu de l’édition, sorte de l’ombre. Parce que sa mère s’appelait Benoîte Groult. Et que très longtemps, l’écrivaine a réussi à donner le change publiquement sur sa maladie, sans laisser transparaître les absences, les oublis, et tenant toute intervention familiale pour une trahison. Militante du droit à mourir dans la dignité, la nonagénaire avait juré tout au long de sa vie qu’elle organiserait sa mort avant de devenir l’ombre d’elle-même. Mais Alzheimer a eu le dernier mot.
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Dans ce témoignage filial, publié quatre ans après les faits, l’icône féministe est à la fois célébrée et déboulonnée. Une lecture étrange et défiltrée, où les envolées parfois candides, pleines de miel et de points d’exclamation, alternent avec des saillies brutales sur la vieillesse et la mort. À la fois littérairement et politiquement incorrect, « La mère morte » alimente sans cesse cette sensation de lire un premier jet, dont les mots n’auraient été ni relus, ni pesés.
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Le côté « happy few » du récit, où tout le monde est un peu célèbre (car Blandine de Caunes est aussi la demi-soeur d’Antoine, la tante d’Emma, la cousine de Colombe Pringle, entre autres…) peut lui aussi désarçonner. Mais il concourt à la sincérité de la démarche car au-delà du deuil et de la douleur, il est question dans « La mère morte » de déterminisme familial. Du destin et des liens que l’on se forge quand on s’inscrit dans une lignée de « femmes fortes », médiatisées, privilégiées.
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D'abord, il y a cet incroyable titre, à l'éclat mortifère. « La mère morte », c'est celle que l'on perd, mais aussi celle que l'on cesse d'incarner. Car à trois mois d'intervalle, Blandine de Caunes a perdu sa fille et sa mère. La disparition de la seconde, elle y était prête, préparée même, Alzheimer avait fait assez de dégâts comme ça. "L'ordre des choses", c'était ça. Et pas la voiture folle venue faucher Violette, 36 ans. . Il a fallu ce double deuil pour que Blandine, longtemps attachée de presse dans le milieu de l'édition, sorte de l'ombre. Parce que sa mère s'appelait Benoîte Groult. Et que très longtemps, l'écrivaine a réussi à donner le change publiquement sur sa maladie, sans laisser transparaître les absences, les oublis, et tenant toute intervention familiale pour une trahison. Militante du droit à mourir dans la dignité, la nonagénaire avait juré tout au long de sa vie qu'elle organiserait sa mort avant de devenir l'ombre d'elle-même. Mais Alzheimer a eu le dernier mot. . Dans ce témoignage filial, publié quatre ans après les faits, l'icône féministe est à la fois célébrée et déboulonnée. Une lecture étrange et défiltrée, où les envolées parfois candides, pleines de miel et de points d'exclamation, alternent avec des saillies brutales sur la vieillesse et la mort. À la fois littérairement et politiquement incorrect, "La mère morte" alimente sans cesse cette sensation de lire un premier jet, dont les mots n'auraient été ni relus, ni pesés. . Le côté "happy few" du récit, où tout le monde est un peu célèbre (car Blandine de Caunes est aussi la demi-soeur d'Antoine, la tante d'Emma, la cousine de Colombe Pringle, entre autres…) peut lui aussi désarçonner. Mais il concourt à la sincérité de la démarche car au-delà du deuil et de la douleur, il est question dans "La mère morte" de déterminisme familial. Du destin et des liens que l'on se forge quand on s'inscrit dans une lignée de "femmes fortes", médiatisées, privilégiées.

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