S'habillerDressing

(Home) working girl


J’ai toujours fantasmé le télé-travail à la Carrie Bradshaw.

Dans « Sex and the City » elle tapait trois phrases sur son MacBook, enveloppée dans un kimono en soie, les fesses posées au bord du lit.

La mise en scène de son activité journalistique était toujours la même.
On la voyait négligemment assise à divers endroits stratégiques de son petit appartement. Son lit. Le petit bureau face à sa fenêtre. Parfois une bière, souvent une clope.
Ses chroniques pour le New York Star semblaient lui venir comme des fulgurances. Torchées en quelques minutes après une épiphanie (I couldn’t help but wonder…)

J’ai connu ça, en un sens.

Au temps du Parisien, je me postais dans des endroits incongrus pour écrire mes reportages nocturnes « à chaud », en moins d’une heure. Fréquemment à même le sol, en tailleur, le portable sur les genoux.
Les papiers s’écrivaient vite, il le fallait, sinon je plantais le journal. On ne rédigeait pas encore sur smartphone. On avait encore un bouclage quotidien et le couperet de l’imprimerie, pour que les exemplaires papier arrivent à l’heure en kiosques le lendemain matin.

Alors comme Carrie, quand j’ai su que j’allais quitter mon poste pour écrire de chez moi en free-lance, j’ai investi dans un genre de kimono.

C’est comme ça que je m’imaginais, en « peignoir d’inspiration ».

Je pensais que ma façon de m’habiller allait changer. Que j’allais évoluer quotidiennement dans un cocon d’étoffes et de mailles réconfortantes.

En fait pas du tout.

Déposer Ève à l’école maternelle puis Anouk chez la nounou m’a fait garder le pli de « m’habiller pour sortir » tous les matins, après une petite phase de rodage en septembre.

Il n’y a pas eu de « loung-isation » ou de bohémisation radicale de mon style, à proprement parler. Mais j’ai quand même adapté quelques trucs.

1 – SUPPRIMER LES COUPES FITTÉES AU NIVEAU DU BUSTE

Le travail sur écran sollicite quand même pas mal les épaules, coudes, trapèzes, bref, tout ce qui est un peu « encagé » quand on porte une robe structurée ou un blazer.
Je garde ces vêtements-là pour les rendez-vous extérieurs et le week-end (et je porte volontiers le blazer en guise de pardessus).
En semaine quand je sais que je vais passer la majeure partie de ma journée à écrire, je privilégie les hauts plus fluides.

2 – ABANDONNER LES JUPES OU ROBES COURTES

J’ai bizarrement supporté pendant des années de travailler avec une minijupe en open space (les jambes opportunément planquées sous mon bureau). Aujourd’hui ça m’agace. Même s’il n’y a plus aucun témoin à la ronde. Quand je suis assise à mon bureau, j’aime être couverte jusqu’aux genoux. Et de ne pas sentir le contact du collant (ou pire, des cuisses nues) avec la chaise.

3 – DEVENIR FRILEUSE

Je porte davantage de manches longues.
Et je me suis offert un snood en cachemire et un foulard léger mais enveloppant. J’imaginais les mettre surtout pour sortir, et surprise, je les porte tout autant chez moi. J’ai de fréquents accès de frilosité en début d’après-midi. C’est non seulement le signal de la pause déj (que j’ai souvent tendance à procrastiner, d’où probable hypoglycémie), mais aussi celui du foulard/snood autour du cou.
Un truc que je ne faisais jamais à la rédaction, ultra-tempérée, et où on pouvait écrire en manches courtes tout au long de l’année.

4 – NE PAS AVOIR D’UNIFORME

Je n’ai pas de vêtements « pour écrire ».
Le fameux kimono, bradshaw-like, je le mets tous les jours, mais il fait partie de mes routines du coucher et du lever, pas de mon attirail de travail.
J’ai beaucoup de rituels d’écriture bien sûr, et je vous les raconterai dans mon prochain post, mais ils ne sont pas liés aux vêtements.

5 – RECYCLER MES UGG

Quand on travaille à domicile, on ne blague pas avec la question des pantoufles. D’autant qu’il y a du carrelage et du parquet chez moi, et désespérément peu de tapis.
Depuis cet hiver, c’est donc UGG aux pieds dans la maison. Je n’en ai pas acheté exprès, j’ai recyclé celles que je possède depuis plusieurs années et que je portais jusqu’ici pour sortir.
Après avoir remarqué que je pouvais systématiquement les remplacer par mes biker boots, je les ai officiellement retirées de ma garde-robe d’extérieur.

6 – RENTABILISER LES BASKETS BLANCHES

Quel rapport avec le télé-travail me direz-vous ?
Tout au long de l’année, j’ai besoin d’une paire de chaussures « mains libres » dans lesquelles me glisser pour sortir rapidement de chez moi (ne serait-ce que pour ouvrir au facteur).
Je consacrerai plusieurs billets à ce vaste sujet du « home office » donc on aura l’occasion d’en reparler, mais les sorties de chez soi, quand on bosse à domicile, c’est à la fois une nécessité et un piège. Parce qu’elles peuvent dynamiser une journée de travail comme la saboter, si on les effectue au mauvais moment.
Tout ce qui peut fluidifier ces transits est donc bon à prendre.
Et dans la foulée d’une grossesse ou d’un congé mat, quand vous avez un bébé dans le ventre ou dans les bras, vous avez perdu l’habitude de vous assoir pour fermer vos chaussures.
Voilà comment je me suis mise à porter régulièrement des baskets blanches ces derniers mois.
Sur moi, ça ne va clairement pas avec tout – contrairement à ce que tous les lookbooks de prêt-à-porter vous laissent croire. Mais avec plus de choses que prévu.
Je glisse dedans (je ne fais jamais les lacets) parce que quelqu’un a sonné ou que je dois m’absenter et hop, tiens, en fait ça marche avec telle teinte ou telle robe.
Ou quand la flemme porte conseil.

7 – DÉPASSER LE CLIVAGE FORMEL / INFORMEL

Quand il n’y a plus de scène, plus de public, qu’est-ce qu’on change à sa manière de s’habiller ?
Avant je débrayais les jours off, comme pour marquer la rupture avec mon job qui s’insinuait partout et qu’il fallait sans cesse contenir. Aujourd’hui, j’arbore le même niveau de maintenance vestimentaire quasiment 7 jours sur 7.
Je n’ai pas envie d’être négligée et j’ai davantage de temps, alors je fais mes petites expérimentations vestimentaires. Et je me suis surprise à porter des tenues « formelles » également le week-end, juste parce qu’elles sont jolies et confortables. Au fil des semaines, la distinction entre les deux a fini par s’effacer.
C’est très propre au télé-travail, en tout cas à ma manière de l’aborder. Mon activité professionnelle n’est plus structurée par le cadre (physique et psychologique) de l’entreprise. Je l’ai intériorisée, et elle ne me quitte plus. Alors j’aime voir chaque matin dans le miroir l’image de quelqu’un qui « va aller travailler ». Car c’est exactement ce que je fais.

Capture : HBO.