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Garde-robe et estime de soi

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Robe / TARA JARMON (soldes hiver 2016-2017)
Perfecto / MAJE modèle Edouard (2014)

Vous l’avez compris, notamment via la rareté de mes apparitions ici : la grande affaire de ma vie depuis que je suis maman (d’un seul enfant pourtant, nom de Dieu comment font les autres ?) c’est d’être débordée.

DÉ-BOR-DÉE stade 1 « je subis ma vie jour après jour tellement je suis débordée »
mais aussi DÉ-BOR-DÉE stade 2 « je suis imbattablement débordée, d’ailleurs je vais vous faire le détail de mes journées et vous verrez, héhé, à quel point je suis héroïque, applaudissez-moi ».

Je n’ai même pas l’excuse d’une vie sociale débordante d’une vie sociale tout court pour justifier ce manque de temps permanent.

Même quand je suis en vacances (et j’en ai beaucoup, pour compenser mes journées de 12h, mes week-ends et jours fériés travaillés) je suis repliée sur moi-même et sur ma fille, avec qui le temps est toujours trop court.

Et là encore, les heures filent entre mes doigts, comme par une sorte de sorcellerie qui voudrait que je sois passée de l’autre côté de quelque chose.

Du côté d’un après, d’où il faudrait faire le deuil de tout ce qui rythmait ma vie d’avant, par une sorte de fatalité tacite dont tous les parents connaîtraient l’existence, en en taisant le nom, façon Voldemort.

Pourtant je les vois sur Instagram les mamans qui postent à tour de bras leurs looks ou leurs observations hilarantes sur la vie.

Elles sont toutes aussi occupées, avec un ou deux enfants de plus, souvent.

Et il n’y a pas de magie là-dedans, juste une façon un peu plus habile de gérer leur temps.

Et sans doute cette habileté s’affine t-elle aussi avec l’expérience, pour modeler et adapter année après année l’organisation – ou le semblant d’organisation – qui nous convient le mieux.

Moi quand j’essaie de prendre un peu de recul sur ma vie, et de contrôle sur la situation, j’arrive inévitablement à la même conclusion : il me faut des solutions clefs en main.

Bien sûr, ça manque de créativité, de spontanéité, mais je laisse ça à celles et ceux qui ont le don (et ils existent et je les bénis d’exister) de transformer chaque journée en aventure.

Je commence à me connaître depuis 36 ans, je suis quelqu’un de routinier, casanier et solitaire, donc un de mes grands plaisirs dans la vie, c’est de pouvoir caser mes petits rituels personnels ni vu ni connu, de prendre mes petits rendez-vous avec moi-même. 

Et j’en viens au titre de ce billet.

Quand on a en permanence la tête dans le guidon, on a beau pavoiser (“applaudissez-moi, etc.”), la vérité c’est que l’estime de soi en prend un coup aussi.

Et après deux ans à me cacher derrière mon petit doigt, à me dire que j’avais désormais plus urgent à faire que de me préoccuper d’être correctement habillée, j’ai été obligée de rétropédaler. Oui ça joue sur mon moral, et pas qu’un peu.

J’ai commencé par me doter d’un uniforme, à la rentrée dernière. Mais cette initiative est loin de résumer – ou de résoudre – mon rapport devenu très compliqué à ma garde-robe.
Parce que je ne vois pas que des chemises et des jeans en ouvrant mon placard.
Je vois d’autres vêtements et… mon ego dans tous ses états. Des looks qui sont loin d’être homogènes dans leur degré de sophistication et d’assurance, bien au contraire.

J’y vois un véritable baromètre de l’estime de soi.

Et le mien a trois échelons :

1 / UNIFORME
Minimum syndical à dégainer en cas de manque de temps et d’inspiration, quand la confiance n’est pas au zénith et qu’on a envie de passer relativement inaperçu(e).

2 / ATTENTION JE SORS DE MA ZONE DE CONFORT
Pour moi par exemple, c’est aller vers plus de féminité, porter de (petits) talons ou une robe au lieu d’un jean, juste pour être dans un niveau supérieur de maintenance.

3 / SHOW DEVANT, JE PÈTE LE LOOK STYLÉ
Silhouettes-clefs que je n’ai pas la foi de porter au quotidien mais qu’oser une fois de temps en temps me fait du bien (je ne sais pas si cette phrase est grammaticalement correcte).
Par exemple, pour moi, une robe fleurie + un perfecto.
Ça n’a pas besoin d’être inconfortable.
C’est juste un parti pris un peu moins passe-partout que d’habitude, et qui me « porte ».

Prendre conscience de ces trois degrés devant ma penderie.
Les pratiquer sciemment même.
Je m’aperçois qu’à la fois ça me rassure et ça me stimule. Comme si, face à une mission à accomplir, je choisissais le bon outil.


Depuis un bon moment, vous l’avez compris, tout ce qui concourt à faire de mon placard quelque chose d’assigné et d’immédiatement lisible m’aide.

Je sais par exemple que la distinction été/hiver, ou même été/hiver/demi-saison, n’est ni suffisante ni pertinente pour moi.
Mon rapport à mon corps interfère beaucoup trop, surtout dans un placard qui contient symboliquement plusieurs de “mes corps”. Mon corps d’été, mon corps d’hiver, mon corps d’hier, mon corps d’aujourd’hui… 
D’ailleurs je n’ai plus une garde-robe, j’en ai quatre, depuis que j’ai séparé mes :

1/ VÊTEMENTS POUR SORTIR (de chez moi, pas en boîte)
QUOI : vêtements structurés, jeans moulants, chemises en soie, robes, blazers…
OÙ : les plus accessibles et visibles de ma penderie
BAROMÈTRE : les plus gratifiants sur le plan narcissique

2/ VÊTEMENTS POUR LA MAISON
QUOI : du très casual type leggings, hoodies, marcels XL en coton, ou ex-fringues pour sortir devenues un peu avachies mais encore mettables, type chemise à carreaux en flanelle un peu feutrée… (pas fondamentalement une bonne idée, mais ce purgatoire avant la poubelle ne dure pas éternellement).
OÙ : dans une autre penderie, dans le couloir.
BAROMÈTRE : n’envoient pas un signal top top à l’ego, et peuvent me torpiller encore plus, les jours de petit moral. Donc à consommer avec modération.

3/ VÊTEMENTS DEVENUS TROP PETITS
OÙ : dans une boîte, stockée dans la penderie de mon couloir, pour ne plus les avoir sous les yeux quotidiennement.
BAROMÈTRE : on sous-estime parfois la toxicité des fringues trop petites. Pour certaines femmes, c’est une source de motivation, pour moi c’est juste l’aller-simple pour l’auto-dépréciation. Même rangées sur une étagère plus haute de mon dressing, c’était encore trop présent. Ces vêtements-là ne doivent littéralement plus croiser ma route jusqu’à nouvel ordre.
Je ne dis pas que rassembler et bannir tous ces vêtements dans lesquels je me sentais jolie et pouvoir remplir deux ÉNORMES caisses avec a été une partie de plaisir. Mais c’était nécessaire.

4/ FRINGUES DE GROSSESSE
OÙ : dans une boîte, stockée au grenier.
BAROMÈTRE : j’ai consacré un nombre de posts incalculables à ma garde-robe de grossesse (les joies d’avoir été arrêtée précocement…) et je me félicite d’y avoir consacré autant d’espace mental. Ces vêtements, ce sont des souvenirs géniaux, et qui convoquent une nostalgie irrépressible. Celle d’un temps où j’étais en paix avec mes formes.
Donc je les garde précieusement, mais désormais loin de mon regard. Ça fait deux ans et demi. Il est temps d’aller de l’avant.