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Le poids d’une vie

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Tout est parti d’un de ces « mini-billets » que j’essaie de poster sur mon Instagram ces derniers temps, pour compenser ma rareté ici.
J’évoquais, au départ, une chemise un peu usée que j’aime bien porter le week-end (et que vous connaissez déjà, c’est ma Muji) plutôt qu’un tee-shirt.
Puis je dérivais sur le constat suivant : « je ne suis pas encore entrée dans ma « saison des tee-shirts » et heureusement. Tous datent d’avant ma grossesse et soulignent le chemin pondéral qu’il me reste à parcourir. C’est impitoyable, un tee-shirt. »

En y repensant, j’ai décidément eu un bol monstrueux de vivre une grossesse hivernale (conception début juin, accouchement fin février). Non seulement c’était très pratique sur le moment, mais ça me laissait ensuite quasiment un an et demi pour retrouver de ma superbe.

Car le premier été, personne n’exige rien de vous.

Vous avez un bébé de 5 mois, vous êtes encore dans une bulle d’extase et de fatigue, à essayer de vous traiter le plus doucement possible, à revoir l’ordre de vos priorités (plus précisément, vous ne revoyez rien du tout, les priorités s’imposent d’elles-mêmes).

Puis en hiver, les collants opaques, les manches longues, les bodies, les jeans, les vêtements structurés, les étoffes un peu lourdes, tout cela construit un vide sanitaire bienvenu entre vous et votre couche de couenne. Il y a toujours moyen de tricher un peu, y compris à vos propres yeux.

J’ai savouré tout l’hiver une forme de soulagement, en m’emboîtant dans un body un peu gainant (mon adoré Wolford) et un collant opaque (Wolford aussi).
La sensation d’être protégée, peaufinée (haha) par cette carapace.
Peu importe ce que j’enfilais par-dessus ensuite.
Mon corps opérationnel, il était là, tenu, maintenu, raffermi.

Jusqu’au moment qui arrive droit sur nous là tout de suite, le vrai moment où va se jauger votre bien-être corporel => le dévoilement du deuxième été.

Vous avez repris le boulot depuis un an.
Le stress de devoir assurer sur tous les fronts 24 heures sur 24, et de voir tout votre espace mental – quasiment votre identité – se recomposer, a généralement aidé à vous délester de quelques kilos supplémentaires. Pour certaines femmes, pour la plupart peut-être, ça fait le job.

Moi, j’ai pris vingt-huit kilos pendant ma grossesse.

J’ai fait ma coquette ici, je n’ai pas voulu donner de chiffre, j’ai accepté avec empressement les compliments, le regard globalement bienveillant qu’on a posé sur moi, pendant que j’étais enceinte et depuis.

Je me disais qu’il serait bien temps, une fois qu’ils seraient perdus, de dégainer triomphalement ce nombre choc à deux chiffres, à deux dizaines, en mode guerrière, façon « vous avez vu de quoi je suis revenue, héhé»

Mais franchement, c’est quoi le plus intéressant (je n’ose pas dire utile) ?
Faire la maligne après coup ou vous parler de ce qui se passe maintenant ?

Je peux voir, si on veut, le verre à moitié plein : j’ai perdu vingt kilos.
Il m’en reste encore huit pour rejoindre mon poids d’avant-grossesse.
Un poids après lequel je cours depuis quinze ans, y retournant de temps en temps comme dans un pays exotique, pour un séjour toujours un peu irréel, enchanteur, toujours trop court.

Aujourd’hui je le garde en destination idéale et un peu virtuelle, je ne me fixe pas de date d’arrivée, j’essaie d’être pleinement consciente du voyage, voir comment je me sens, à chaque étape.

S’alléger est moins affaire de méthode que d’état d’esprit.
Trouver à quelles démarches on se sent disponible. Propres à chacun et chacune selon son rythme de vie, ses activités, son temps, ses goûts, sa faculté de s’écouter, ses soupapes de décompression aussi.

Chaque matin, c’est tout un petit théâtre entre ma balance et moi.
Oui, contrairement à la pesée hebdomadaire chère au coeur des médecins, moi j’aime lui donner rendez-vous tous les matins.
Quitte à lui poser un lapin quand j’ai un peu déconné la veille.
Je n’aime pas les mauvaises surprises.
Elle ne doit rien m’apprendre que je ne pressente déjà.

Ensuite, les vêtements.
Vous avez pu le voir sur Instagram ces derniers temps, quasiment rien que vous ne connaissiez déjà. Mais hors champ, pas mal de choses que vous connaissez et que je ne peux pas encore remettre.

« Moi j’ai réglé le problème, j’ai plusieurs garde-robes, dans plusieurs tailles », me confiait Géraldine lors de notre dernier déjeuner. C’était dit avec une telle conviction, une telle simplicité que je ne cesse d’y repenser depuis.
Prendre acte de ces variations, considérer qu’elles font partie de la vie et qu’on ne se définit pas par une taille de vêtements, quelle qu’elle soit, c’était quelque chose que je n’avais jamais envisagé pour moi. De peur, peut-être, que ça ne m’encourage à un certain attentisme.

Ne pas pouvoir porter certains de mes vêtements reste une source de motivation.
Je serais capable de culpabiliser à l’idée de m’offrir une fringue de transition encore aujourd’hui, plus d’un an après mon accouchement.
Vous voyez, j’écris transition, ça veut tout dire. Alors que, vous en avez été témoins, quand il s’agissait d’acheter des vêtements de grossesse, y’avait du monde.

Mais si la réflexion de Géraldine m’a fait un tel effet, c’est qu’elle a touché un point sensible.
L’idée d’accompagner les choses plutôt que de les subir.
Le fait de ne rien regretter, aussi.

Sur le plan médical ce n’est évidemment pas recommandable, mais ce poids, ce n’était pas un accident, pas un truc qui s’est détraqué chez moi ou dont j’ai perdu le contrôle. C’était mon histoire, pour des dizaines de raisons, et quand je regarde ma fille je n’en retirerais pas un gramme. Même si ça ne rend pas la suite des événements plus évidente pour autant.

Huit kilos par rapport à vingt-huit kilos, qu’est-ce que c’est.
Une dernière ligne droite.
Autrement dit le plus facile, et le plus dur.
Les réactions des gens le prouvent d’ailleurs. Ceux qui vous disent que c’est une formalité et ceux qui compatissent d’un air un peu solennel.
Ça vous fait plaisir dans un cas comme dans l’autre, parce que tout le monde a un peu raison.
Ça dépend des jours, du point de vue d’où l’on se place, et c’est dans ce clair-obscur qu’on avance à tâtons. Mais qu’on avance.