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Le bullet journal en 10 questions

À la demande générale (ok, trois personnes), voici donc un petit topo sur le fameux et décrié bullet journal, pratique récente et encore tâtonnante chez moi.
Ce qui m’apporte une légitimité proche de zéro pour aborder la question en profondeur.
Mais si j’en crois la curiosité (et les questions, surtout) que le sujet soulève les quelques fois où je l’ai effleuré sur Instagram, le regard de quelqu’un qui ne peut pas être soupçonné d’y passer trois heures par jour peut s’avérer aussi utile que celui d’un(e) mordu(e) qui y dédie ses soirées et son compte IG.

1// En vrai, ça sert à quoi un bullet journal ? //

C’est un agenda / carnet de listes / journal intime fusionnés dans un carnet de notes vierge, pour plus de modularité. Ni plus ni moins.
Le concept (et la méthode pour optimiser l’organisation des pages) ont été élaborés par un designer new-yorkais, Ryder Carroll, absolument pas adepte de la calligraphie :

Comme vous le voyez en arrivant sur le site de Ryder Carroll, l’univers du bullet journal est tout sauf girly, à l’origine :

Mais l’idée a tellement essaimé depuis quatre ans que la planète Pinterest / Instagram s’est jetée dessus, feutres et crayons de couleur en bandoulière.

Tout comme les éditeurs, qui commercialisent des modèles “clefs en main”. Et peu leur importe si ça contredit le concept, avec ces plannings et listes toutes faites, au design bien chargé. 


Visuels :
Summergirl.fr

 

2 // Pourquoi “bullet”, d’ailleurs ? //

Dans ce contexte, “bullet” ne veut pas dire “balle” mais “puce”, comme les puces d’un traitement de texte. Autrement dit, ces petits tirets, ronds, croix et autres flèches utilisés pour distinguer, dans une liste, les RV des tâches à faire, reportées ou accomplies, etc.
C’est le coeur de la méthode Carroll et de ce qu’il appelle le « droit à l’erreur » du bullet journal. Tout s’y fait et s’y défait au fil de l’eau, puisque chaque page vierge est une nouvelle opportunité de repartir de zéro.

3 // Pourquoi ça fait autant ricaner les gens, le bullet journal ?

Si vous avez plus de 30 ans, souvenez-vous comment on raillait les propriétaires de Palm au début des années 2000… Quinze ans plus tard, les smartphones ont fusionné les fonctionnalités du téléphone portable et du PDA, et tout le monde trouve ça normal.

Le bullet journal, c’est un peu pareil.
Un outil qui peut sembler bien compliqué et futile aux yeux de ses détracteurs. Une sorte d’iPhone en papier réservé à des étudiantes ou nullipares désoeuvrées qui n’auraient soi-disant que ça à faire, passer leur temps libre à calligraphier des pages sur leurs cycles menstruels et leurs tâches ménagères. Alors qu’on ne reprocherait probablement à personne de télécharger une appli sur le même thème.
L’éternelle guerre du Papier et du Numérique.

L’ironie de l’histoire c’est qu’on ne peut pas soupçonner Ryder Carroll d’être un dinosaure complotant pour nous ramener à l’âge de pierre, puisqu’il est designer de “produits digitaux”.
Comme quoi, l’un n’empêche pas l’autre.

4 // Pourquoi les gens qui tiennent un bullet journal parlent bizarrement ? //

BuJo, trackers, clés, future log, collections, layouts, spreads, happiness box et autres printable templates… Est-on à deux doigts de la secte ?
Oui, l’univers fascinant du BJ implique son propre vocabulaire, comme tous les microcosmes. Mais sa maîtrise n’est absolument pas nécessaire pour se frayer un chemin sur cette nouvelle planète, pas si hostile que ça.
Un carnet (n’importe lequel), un stylo (n’importe lequel) et éventuellement une règle si on aime bien tracer des lignes et des cadres, c’est tout ce qu’on a besoin de maîtriser pour se lancer. 

5 // Pourquoi les Bullet Journaux qu’on voit sur Instagram ou Pinterest sont ultra décorés ? //

Merveilleuse créativité d’Instagram, où même les modèles minimalistes sont chiadés :

La cruelle vérité c’est qu’un BJ fonctionnel n’est généralement pas photogénique. Et que les pages les plus graphiques sont souvent les moins utiles.
Sauf quand on s’appelle Solange te parle, dont la vidéo a dû convertir un paquet de gens (dont moi, merci encore à I really want out de me l’avoir suggérée) :

6 // Pour qui un bullet journal peut-il être vraiment utile ? //

Le bullet journal c’est pour vous si vous étiez adepte de l’agenda papier tout en multipliant les notes et listes à côté (sur des feuilles volantes, carnets, sur votre smartphone, etc.).
Et surtout si vous êtes prêt(e) à fusionner tous ces outils en un seul.

Échec du BJ garanti si on ne lâche pas les autres supports… je peux en témoigner !

Ces derniers mois, j’avais continué à tenir un agenda boulot séparé, du coup aucune urgence ne m’obligeait à me servir quotidiennement du bullet journal… Jusqu’à le laisser en friche.

J’ai fini par comprendre que la fusion des outils était un préalable obligatoire, et décidé de sauter le pas pour la nouvelle année. 

Là, telle que vous me voyez, je m’apprête à bazarder mon agenda papier du boulot et mon vieux bullet journal pour un nouveau « BuJo » tout neuf qui réunira les deux. En gardant tout de même un outil numérique annexe : mon appli Google Agenda sur mon iPhone, où je mets uniquement mes événements datés et ceux de mon entourage.

7 // Pour qui un bullet journal ne sera t-il pas utile ? //

Si vous n’utilisez pas (ou plus) d’agenda papier, le retour à un support écrit risque d’être un peu rude. On peut toujours faire un BJ sous forme de carnet de listes / journal intime, mais sa fonction initiale reste quand même un outil de planification. 

8 // De qui s’inspirer si on a envie d’une approche plus fonctionnelle ? //

Soyons clairs : rien ne vous oblige à rien, en matière de bullet journal.
Ni à en faire un outil minimaliste, ni à le transformer en oeuvre d’art. 

La raison d’être du BJ c’est d’être modulable et de vous ressembler.
Il faut donc en prendre et (beaucoup) en laisser côté inspiration.
Moi j’aime bien le compte IG de Daintily Noted, alias Chloé Linn.

C’est notamment elle qui m’a donné envie d’investir dans une batterie de feutres gris.

9 // Pourquoi tout le monde achète le même carnet, le Leuchtturm 1917 noir format A5 à pointillés ? //

C’est un peu le Moleskine du bullet journal. Même si personnellement, je n’aime pas les Moleskine (je préfère les carnets à spirales pour prendre des notes).

Mais vous voyez l’idée : c’est un basique consensuel, avec un bon rapport qualité / prix et disponible dans plein de couleurs, qui a fini par faire autorité.

Moi pour mon bullet journal, sachant que j’avais prévu au départ de conserver mon agenda du boulot (un semainier noir format A5), j’avais optionné un modèle coloré et plus petit :

// LES 3 OBJETS QUI RENDENT MES JOURNÉES DE BOULOT PLUS DOUCES // 1. Chargeur nomade Powerrad, de quoi recharger son smartphone quand on a zéro prise à proximité, pas une fois, pas deux, pas trois mais QUATRE FOIS. Ça existe probablement depuis mille ans mais je n'ai découvert ça qu'au mois de juillet et ça a vraiment fait baisser mon taux de stress, finie l'angoisse d'être en rade de batterie. En plus il est même pas moche et il ne coûte que 20 euros sur Amazon. 2. Carnet de notes Legami, transformé en "bullet journal" grâce à @i_really_want_out qui m'a recommandé la vidéo de Solange te parle. Épiphanie totale (idem, je précise qu'il y a encore quelques jours je n'avais jamais entendu parler du bullet journal OUI JE VIS DANS UNE CAVERNE) (et donc j'ai réchappé aussi au bourrage de crâne sur le sujet, et à toutes les images de "bujo" tout faits ou hyper calligraphiés, stickés, décorés, colorés, qui sont à l'opposé de ce dont j'ai besoin) 3. Pochette Hay en coton, dans laquelle je range tout mon petit bordel fragile (notamment le chargeur). Après avoir testé différents types de pochettes pendant des années, j'ai compris que le format iPad en coton façon néoprène (rembourré, un peu rigide), c'est vraiment le modèle adapté à mon usage à moi. Fonctionnel, léger et joli. Je n'en ai qu'une, et c'est très bien comme ça.

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Sauf qu’en quatre mois, dans mon sac à main rempli de stylos et de bordel, il est devenu sale à vitesse grand V.

Et que comme j’écris plutôt gros, je me suis rendue compte que c’était un format trop petit pour moi et qu’un modèle A5 est en fait plus adapté pour un usage optimal.

Résultat, je viens de me commander un Leuchtturm kaki, même s’il serait bien plus parfait avec une spirale.

Je retiens aussi l’idée des pages pointillées, qui permettent de faire des cadres et des traits verticaux quasiment à main levée (contrairement aux pages blanches ou lignées horizontalement), sans être contraintes par un quadrillage en bonne et due forme.

10 // Comment faire un bullet journal qui nous ressemble ? //

Déjà, commencer par le mode d’emploi de Ryder Carroll, lui-même ou celui de Solange.
Ceux qui vont le plus au coeur du sujet, sans s’éparpiller et sans pollution visuelle. 

Et ensuite… Tâtonner.
Au début, comme tout le monde, j’additionnais les fonctionnalités vues chez les autres. 

Planning annuel avec les temps forts de l’année.
Planning mensuel avec principaux RV et liste de tâches.
Planning hebdomadaire avec rappel des RV et liste de tâches…

Je me suis vite rendue compte que je n’avais pas besoin des deux premiers, que je ne consultais jamais.

Une liste de tâches mensuelles + un planning hebdomadaire organisé sur une double page, ça me suffit. Mon bullet journal se construit vraiment à court terme, le mois en court et le mois suivant.
Et si j’ai un RV important et daté à planifier à une plus longue échéance, je le mets dans mon téléphone en attendant de le transposer dans mon journal, et c’est bien suffisant.

Les « collections » me sont en revanche super utiles, listes de livres à lire, wishlists mode et beauté, recettes à tester, planning annuel de shopping, démarches administratives à faire pour ma fille, je me lâche.
L’idée géniale – c’est à mes yeux l’idée la plus géniale du bullet journal, encore fallait-il y penser – c’est d’insérer vos « collections » n’importe où (au milieu du mois de janvier ? Pas de problème) et de reporter le numéro de page(s) dans une table des matières au début.
Lorsque vous venez de commencer et que votre BJ n’est pas encore très épais, rien n’y oblige.
Mais ça devient utile avec le temps.

Quant aux « life goals » dont certains adeptes parsèment leurs pages, ils n’ont jamais fait tilt chez moi. Un psy dirait peut-être que c’est un tort ou un signe qui ne trompe pas chez quelqu’un habitué à écrire tout le temps. Mais peu importe. Je ne me sens pas à l’aise avec cette idée, et je ne suis pas quelqu’un qui se projette beaucoup, donc je m’en passe.

Et les calligraphies ? (dire « spreads » ou « layouts »)
J’en prendrais peut-être le temps si j’en avais le talent.
Mais comme je n’ai ni l’un ni l’autre, idem je fais sans.

Personnaliser ça veut donc dire, souvent, épurer.
Mais aussi, détourner.

Dans les colonnes qui bordent mon planning hebdo, je ne prévois pas de mettre un récap de mes RV de la semaine, mais plutôt celui des articles que j’ai à écrire chaque jour à mon travail.
Un aperçu sans lequel j’aurais du mal à m’organiser, parce qu’il faut avancer sur tous les fronts à la fois, pour que chaque dossier soit bouclé au bon moment.

Autre exemple : beaucoup d’adeptes du BJ utilisent des plannings culturels, pour répertorier les films / séries / livres qu’ils consomment.
Moi j’en engloutis tellement (ne serait-ce que pour le travail), que faire un suivi annuel ou mensuel ne me servirait à rien. Du coup j’ai envie d’intégrer un petit récap dans chaque double page hebdomadaire.

// Question bonus : et toi, pourquoi tu ne nous montres pas ton bullet journal ? //

Parce que, comme vous l’avez compris, je n’ai pas d’approche très graphique de l’outil, d’autant qu’en ce moment, je suis en stand-by entre deux carnets.
Donc la plupart des pages ne sont pas très jolies, ou alors si elles sont un peu plus structurées que les autres (comme le planning hebdo par exemple), elles répertorient des infos essentiellement privées.
Je ne sais pas encore si ça changera tant que ça quand j’aurai intégré mon travail dedans (certains rencards sont confidentiels, d’autres non).
Mais si ça s’y prête, promis, vous aurez un aperçu de l’intérieur !

En attendant, je vous remets ma délirante mallette de feutres gris, dans laquelle j’ai investi ce samedi chez Cultura pour organiser et enjoliver mes rubriques.

Et je compte sur vous pour partager dans les commentaires votre ressenti sur cette grande affaire du bullet journal, et vos inspirations préférées si vous en avez.

Comme d’hab (hélas), tous les com sont désormais expédiés dans les indésirables par WordPress (j’ai dû manquer une mise à jour…) donc je dois les mettre en ligne un par un, ne vous inquiétez pas si ce n’est pas immédiat.